Quels sont les critères pour être mis en examen ?

La mise en examen n'est pas une décision laissée à la libre appréciation du juge d'instruction. Elle obéit à des conditions strictes, fixées par le code de procédure pénale et contrôlées par la Cour de cassation.

Comprendre ces critères, c'est déjà commencer à organiser sa défense.

Le cabinet de Maître Nabil Harmach, avocat pénaliste au barreau de Paris exerçant exclusivement en droit pénal, vous explique ce que la loi exige réellement pour qu'une personne puisse être mise en examen.

La mise en examen : définition et cadre légal

Qu'est ce que la mise en examen ?

La mise en examen est la décision par laquelle le juge d’instruction confère à une personne un statut procédural particulier, parce qu’il existe contre elle des indices sérieux de participation à une infraction.

Ce statut ne signifie pas que la personne est coupable. La présomption d’innocence demeure intacte jusqu’au jugement. La mise en examen marque simplement un seuil d’accusation plus élevé qu’une garde à vue ou qu’un statut de témoin assisté, et elle ouvre à la fois des droits renforcés et des risques (contrôle judiciaire, détention provisoire, renvoi devant une juridiction de jugement).

Le texte fondateur : l'article 80-1 du code de procédure pénale

Le critère central figure à l’article 80-1 du code de procédure pénale : à peine de nullité, le juge d’instruction ne peut mettre en examen que les personnes à l’encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elles aient pu participer, comme auteur ou comme complice, à la commission des infractions dont il est saisi.

L’article impose deux garanties essentielles :

  • La mise en examen ne peut intervenir qu’après que la personne a été entendue, ou mise en mesure de présenter des observations, en présence de son avocat.
  • Le juge ne peut procéder à la mise en examen que s’il estime ne pas pouvoir recourir à la procédure de témoin assisté.

Autrement dit, la mise en examen est conçue par le législateur comme une mesure subsidiaire : si le statut de témoin assisté suffit à garantir les droits de la défense, c’est lui qui doit être retenu.

Le critère pour être mis en examen : les « indices graves ou concordants »

La caractérisation des indices graves ou concordants

L’article 80-1 du code de procédure pénale exige des « indices graves ou concordants » pour qu’une personne soit mise en examen.

La Cour de cassation rappelle régulièrement que ces indices doivent porter à la fois sur l’existence d’agissements susceptibles de caractériser l’infraction et sur la vraisemblance de leur imputabilité à la personne mise en examen, au regard des pièces du dossier au jour où le juge statue.

Concrètement, ces indices peuvent prendre la forme :

  • de déclarations recueillies au cours de l’enquête (témoignages, mise en cause par la victime, aveux partiels) ;
  • de preuves matérielles : traces biologiques, empreintes, vidéosurveillance, écoutes téléphoniques, données de géolocalisation ;
  • de pièces documentaires : relevés bancaires, échanges écrits, expertises ;
  • d’éléments contextuels concordants : présence sur les lieux, mobile établi, liens avec les coauteurs présumés.

Ces indices ne se confondent pas avec la preuve définitive : il suffit qu’ils laissent raisonnablement penser que la personne a pu participer aux faits.

Un seul indice peut suffire s’il est grave, c’est-à-dire fortement incriminant pris isolément (trace ADN exploitable, vidéo nette, reconnaissance partielle). 

À défaut, plusieurs indices, chacun insuffisant pris séparément, peuvent suffire s’ils sont concordants et se renforcent mutuellement.

L'interrogatoire de première comparution : le moment de la mise en examen

La mise en examen ne peut être prononcée qu’à l’issue d’un interrogatoire de première comparution (IPC), encadré par l’article 116 du code de procédure pénale. C’est lors de ce rendez-vous que le juge d’instruction notifie les faits, rappelle le droit au silence, entend la personne en présence de son avocat, puis décide entre mise en examen et statut de témoin assisté.

C’est avant cet interrogatoire que la stratégie de défense se construit : étude du dossier, choix de s’exprimer ou de se taire, préparation du débat sur les indices. L’intervention de l’avocat dès la convocation est déterminante.

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Les suites possibles d'une mise en examen

Mesures de sûreté : contrôle judiciaire, bracelet électronique ou détention provisoire

Une fois mise en examen, la personne s’expose à plusieurs mesures de sûreté selon la gravité des faits :

  • contrôle judiciaire : pointage, interdictions de contact ou de paraître, remise du passeport ;
  • assignation à résidence avec surveillance électronique (ARSE) ;
  • détention provisoire, décidée par le juge des libertés et de la détention 

Ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel ou la cour d'assises

À l’issue de l’instruction, le juge rend soit une ordonnance de non-lieu, soit une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, soit une ordonnance de mise en accusation devant la cour criminelle départementale ou la cour d’assises.

L’article 177 du code de procédure pénale prévoit que, si le juge estime qu’il existe des charges suffisantes contre la personne mise en examen, il la renvoie devant la juridiction de jugement compétente (tribunal correctionnel ou cour d’assises). À défaut, il rend une ordonnance de non-lieu. 

Ce niveau probatoire est nettement plus élevé que de simples indices graves ou concordants, puisqu’il doit justifier qu’une personne soit jugée.

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Une mise en examen ne se subit pas : elle se prépare et se conteste. Les critères posés par l’article 80-1 du code de procédure pénale offrent de véritables leviers de défense, à condition de les actionner au bon moment et selon les bons mécanismes procéduraux.

Le cabinet de Maître Nabil Harmach, avocat au barreau de Paris, intervient à toutes les étapes de la procédure pénale, du stade de l’enquête préliminaire jusqu’aux voies de recours. La pratique habituelle du contentieux pénal et criminel permet d’apporter une lecture concrète et stratégique du dossier.

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FAQ : Questions fréquentes sur les critères de la mise en examen

Non. L’article 80-1 du code de procédure pénale exige des indices graves ou concordants. Un simple soupçon ou une dénonciation isolée non corroborée ne suffit pas. La Cour de cassation annule régulièrement les mises en examen insuffisamment motivées.

La garde à vue suppose de simples « raisons plausibles de soupçonner » et est décidée par un officier de police judiciaire.

La mise en examen exige des « indices graves ou concordants » et est prononcée par un juge d’instruction à l’issue d’un interrogatoire de première comparution, en présence de l’avocat.

Absolument pas. La présomption d’innocence demeure intacte jusqu’au jugement définitif. La mise en examen est un statut procédural qui marque l’existence d’indices sérieux, mais elle ne préjuge pas de la culpabilité. Beaucoup de mises en examen aboutissent à un non-lieu.

Oui. Deux voies principales existent : la requête en nullité devant la chambre de l’instruction (article 173-1 du code de procédure pénale), fondée notamment sur l’absence d’indices graves ou concordants ; et la demande de retour au statut de témoin assisté (article 80-1-1), renouvelable tous les six mois.

Le juge peut décider d’un contrôle judiciaire, d’une assignation à résidence sous surveillance électronique ou saisir le juge des libertés et de la détention en vue d’un placement en détention provisoire. L’assistance d’un avocat est essentielle pour préparer le débat sur ces mesures de sûreté.