Saisies et confiscation

Saisie pénale et confiscation : peut-on récupérer ses biens ?

Comptes, véhicules, immeubles saisis : recours, restitution et droits des proches, à Paris comme partout en France

Recours et restitution

Appel dans les 10 jours ou demande de restitution, selon la manière dont le bien a été saisi

Défense des proches et des tiers

Conjoint, co-titulaire, société : des droits à faire valoir face à la confiscation

Disponibilité réelle

Échanges directs – explications concrètes sur votre situation et suivi à chaque étape de la procédure

 

Un matin, un courrier de votre banque vous informe que votre compte est bloqué. Ou des enquêteurs repartent avec votre voiture, parfois avec les clés de votre logement. Une saisie pénale vient de frapper votre patrimoine.

La situation est déstabilisante, pour la personne mise en cause comme pour ses proches : un conjoint co-titulaire du compte, un parent propriétaire du véhicule. Pourtant, une saisie n’est pas une perte définitive. C’est une mesure provisoire, encadrée par la loi, contre laquelle il existe des recours précis et des délais à ne pas laisser passer.

Cet article explique ce que recouvrent la saisie pénale et la confiscation, et dans quels cas il reste possible de récupérer ses biens, en s’appuyant sur les textes en vigueur et les décisions de la Cour de cassation.

Réponse rapide

Une saisie pénale est une mesure provisoire qui bloque un bien pendant l’enquête ou l’instruction. Elle ne fait pas perdre la propriété. Selon la manière dont le bien a été saisi, elle se conteste dans les 10 jours devant la chambre de l’instruction, ou par une demande de restitution, possible à tout moment de la procédure.

Saisie pénale et confiscation : quelle différence ?

Ces deux termes sont souvent confondus, alors qu’ils n’interviennent pas au même moment et n’ont pas les mêmes effets.

La saisie pénale : une mesure provisoire pour « geler » les biens

La saisie intervient bien en amont du jugement. Elle bloque un bien pendant la procédure, sans en faire perdre la propriété. Elle peut prendre plusieurs formes :

La saisie n’est donc pas une sanction. C’est ce qui permet de la contester, et de récupérer le bien lorsqu’elle n’est plus justifiée.

La confiscation : une peine qui fait perdre définitivement la propriété

La confiscation est une peine que le tribunal peut prononcer en plus d’un emprisonnement ou d’une amende. L’article 131-21 du code pénal prévoit qu’elle peut porter sur les biens ayant servi à commettre l’infraction, sur ceux qui en sont le produit direct ou indirect et, dans certains cas, comme en matière de blanchiment, sur tout ou partie du patrimoine du condamné, sous réserve des droits du propriétaire de bonne foi.

Elle est encourue de plein droit pour les crimes et pour les délits punis de plus d’1 an d’emprisonnement. Pour certaines infractions, comme plusieurs délits routiers, elle est même obligatoire : le tribunal doit la prononcer, sauf s’il l’écarte par une décision spécialement motivée.

Presque tous les biens sont concernés : comptes bancaires, espèces, véhicules, immeubles, assurances-vie, parts sociales. Une fois la confiscation prononcée, la perte de propriété est définitive : le bien devient la propriété de l’État. Il est géré, et souvent vendu, par l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), qui peut aussi le mettre à disposition de services de l’État.

Pourquoi vos biens ont-ils été saisis ?

Une saisie poursuit l’un des deux objectifs : conserver une preuve, ou garantir une future confiscation. Savoir lequel a été retenu est essentiel, car il détermine les arguments utiles pour récupérer le bien.

La saisie probatoire : conserver une preuve

Les enquêteurs peuvent saisir les objets, documents et données informatiques utiles à la manifestation de la vérité : un téléphone, un ordinateur, des documents comptables. Le bien est alors placé sous scellés pour être exploité.

Une fois qu’il n’est plus utile à l’enquête, il a vocation à être restitué, sauf si sa confiscation est ordonnée par le tribunal. 

La saisie confiscatoire : garantir une future confiscation

La saisie peut aussi viser un bien que le tribunal pourrait confisquer en cas de condamnation. Elle ne se justifie alors que si le bien est l’instrument de l’infraction, par exemple un véhicule transportant des stupéfiants, son objet, comme des marchandises contrefaites ou des armes, ou son produit direct ou indirect.

La Cour de cassation retient une conception large du produit : l’économie réalisée grâce à une fraude au travail dissimulé en fait partie (Crim. 29 juin 2016, n° 15-81.426).

Pour les infractions les plus graves, punies d’au moins 5 ans d’emprisonnement, la justice peut aussi saisir des biens sans lien direct avec les faits, au titre d’une saisie de patrimoine, par exemple dans un dossier d’association de malfaiteurs (article 706-148 du code de procédure pénale). Elle peut enfin saisir « en valeur », c’est-à-dire bloquer un bien dont la valeur correspond au produit supposé de l’infraction (article 706-141-1 du code de procédure pénale).

Ces deux objectifs ne dépendent pas de la forme de la saisie : un bien placé sous scellés peut aussi l’être en vue de sa confiscation.

Qui décide de la saisie de vos biens ?

L’autorité compétente change selon le stade de la procédure.

Pendant l'enquête : les enquêteurs ou le juge des libertés et de la détention

Le plus souvent, les biens sont saisis directement par les enquêteurs lors d’une perquisition ou d’une garde à vue, puis placés sous scellés. Aucune décision d’un juge n’est alors rendue pour chaque objet.

En revanche, les saisies immobilières, les saisies de comptes bancaires et les saisies sans dépossession sont ordonnées par le juge des libertés et de la détention, sur requête du procureur de la République.

Pendant l'instruction : le juge d'instruction

Lorsqu’une information judiciaire est ouverte, par exemple après une mise en examen, c’est le juge d’instruction qui ordonne les saisies.

Vos biens viennent d'être saisis ?

Le cabinet de Maître Harmach intervient en urgence, à Paris comme partout en France.

Comment récupérer vos biens saisis ?

Deux voies existent, selon la manière dont le bien a été saisi : l’appel de la décision de saisie, et la demande de restitution.

Faire appel d'une saisie ordonnée par un juge

Les saisies ordonnées par le juge des libertés et de la détention ou par le juge d’instruction peuvent être contestées devant la chambre de l’instruction, par la personne concernée, le propriétaire ou les tiers qui ont des droits sur le bien. C’est le cas de la saisie d’un immeuble, d’un compte bancaire, d’une saisie sans dépossession, ou de l’ordonnance qui maintient une saisie faite en urgence.

Le délai d’appel est de 10 jours à compter de la notification. L’appel n’est pas suspensif, mais la chambre doit vérifier la base légale, la nécessité et la proportionnalité de la mesure.

Faire une demande de restitution du bien saisi

L’appel critique la décision de saisie elle-même, au moment où elle a été prise. La demande de restitution soutient que la saisie n’a plus lieu d’être aujourd’hui : parce qu’un élément nouveau est apparu, ou parce que la procédure s’est terminée.

C’est la seule voie pour les biens saisis sous scellés, pour lesquels aucun appel n’existe. C’est aussi la voie qui reste ouverte lorsque le délai d’appel de 10 jours contre une saisie ordonnée par un juge est dépassé. Elle peut être présentée à tout moment de la procédure.

Auprès de qui faire la demande de restitution ?

Pendant l'enquête ou après un classement sans suite : le procureur de la République

La demande s’adresse au procureur de la République (article 41-4 du code de procédure pénale). Un refus peut être contesté devant le premier président de la cour d’appel dans le délai d’1 mois, et ce recours est suspensif. Après un classement sans suite, la demande doit être faite dans les 6 mois.

Pendant l'instruction : le juge d'instruction

La demande s’adresse au juge d’instruction (article 99 du code de procédure pénale). Il statue par ordonnance motivée, et peut refuser lorsque la restitution ferait obstacle à la manifestation de la vérité, lorsque le bien est l’instrument ou le produit de l’infraction, ou lorsque la loi en prévoit la confiscation. Ce refus peut être contesté devant le premier président de la cour d’appel dans un délai de 10 jours (article 186 du code de procédure pénale).

À l'audience de jugement : le tribunal

La personne poursuivie comme le propriétaire non poursuivi peuvent demander la restitution au tribunal (article 478 du code de procédure pénale et article 479 du code de procédure pénale). Soit le tribunal prononce la confiscation, et la perte de propriété devient définitive. Soit il ne la prononce pas, et le bien a vocation à être restitué, notamment en cas de relaxe.

Après un non-lieu ou un jugement : de nouveau le procureur, dans les 6 mois

Si le juge d’instruction ou le tribunal a terminé l’affaire sans se prononcer sur le bien, la demande s’adresse de nouveau au procureur. Elle doit être faite dans les 6 mois suivant la décision. Passé ce délai, les biens non restitués deviennent la propriété de l’État, sous réserve des droits des tiers.

S'opposer à une vente avant jugement

Un bien saisi peut être vendu avant le jugement, lorsque sa conservation lui fait perdre de la valeur ou coûte trop cher. Cette décision peut être contestée devant le premier président de la cour d’appel, et ce recours suspend la vente. Les délais sont très courts : 5 jours pendant l’enquête, 10 jours pendant l’instruction (article 41-5 du code de procédure pénale et article 99-2 du code de procédure pénale).

Si le bien est vendu, le prix est consigné. Il est restitué au propriétaire qui le demande en cas de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou si la confiscation n’est pas prononcée, sauf décision de non-restitution.

Quels arguments de défense sont utilisés ?

Les arguments utiles dépendent du motif de la saisie. Les plus fréquents sont :

  • l’absence de lien entre le bien et l’infraction reprochée : un bien qui n’en est ni l’instrument, ni l’objet, ni le produit a vocation à être restitué ;
  • la disproportion de la mesure : une saisie en valeur ne peut pas dépasser la valeur de ce qui pourrait être confisqué (Crim. 24 janv. 2024, n° 22-83.539) ;
  • le partage entre plusieurs personnes poursuivies : chacune ne supporte une saisie qu’à hauteur du produit des infractions qui lui sont reprochées (Crim. 21 nov. 2018, n° 18-82.042) ;
  • un vice de procédure affectant la perquisition ou la décision de saisie.

L’argument de la disproportion permet souvent d’obtenir une mainlevée partielle, c’est-à-dire la levée de la saisie sur une partie du bien ou des sommes.

Un bien saisi depuis plusieurs mois ?

Maître Harmach engage les recours et les demandes de restitution, à Paris comme partout en France.

Quels droits pour les proches et les tiers du bien saisi ?

La loi réserve expressément les droits du propriétaire de bonne foi. Un bien appartenant à un tiers étranger aux faits ne peut donc, en principe, être confisqué, sauf si la personne poursuivie en avait la libre disposition, c’est-à-dire si elle s’en servait comme s’il lui appartenait.

Les juges doivent vérifier concrètement cette libre disposition. La chambre criminelle a ainsi cassé une décision qui maintenait la saisie d’un compte sans rechercher si la personne mise en cause disposait réellement des fonds (Crim. 13 avr. 2022, n° 21-83.786).

La mauvaise foi du tiers ne peut pas non plus se déduire de ses seuls liens avec la personne poursuivie (Crim. 4 sept. 2024, n° 23-81.110). Un conjoint, un parent ou une société dispose donc d’arguments sérieux, à condition de prouver que le bien lui appartient réellement.

Ce point est décisif pour les proches dont les biens se retrouvent gelés : compte joint, logement du couple, véhicule prêté, immeuble détenu par une SCI.

Compte bancaire, véhicule, maison : ce qu'il faut savoir selon le bien

Un compte bancaire saisi

La saisie de comptes est fréquente dans les dossiers d’escroquerie, de fraude fiscale, de blanchiment ou de cybercriminalité. Elle peut bloquer des fonds parfaitement licites lorsqu’elle est faite « en valeur », et viser un compte joint en totalité. La contestation porte alors sur le montant saisi et sur les droits du co-titulaire.

Recours, compte joint, restitution des fonds : tout est détaillé dans l’article du cabinet sur la saisie pénale d’un compte bancaire.

Un véhicule saisi

Un véhicule est le plus souvent placé sous scellés ou en fourrière, lors d’une garde à vue ou d’un contrôle routier. Il se récupère par une demande de restitution. Il peut aussi être vendu avant le jugement, et sa confiscation est obligatoire pour plusieurs délits routiers, comme le refus d’obtempérer ou le rodéo motorisé.

Fourrière, vente anticipée, véhicule prêté ou en leasing : voir l’article du cabinet sur la saisie pénale d’un véhicule.

Un bien immobilier saisi

Une maison ou un appartement saisi devient indisponible : il ne peut plus être vendu ni hypothéqué, mais on peut en principe continuer à y vivre. La Cour de cassation a par exemple validé la saisie d’un hôtel particulier servant de décor à des tromperies (Crim. 24 juin 2020, n° 19-85.874). En cas de démembrement, « la saisie immobilière ne peut porter que sur le droit démembré confiscable » (Crim. 2 oct. 2024, n° 23-86.664).

Logement du couple, SCI, usufruit, publicité foncière : voir l’article du cabinet sur la saisie pénale immobilière.

Le rôle de l'avocat face à une saisie pénale

Face à une saisie pénale, l’avocat intervient sur plusieurs terrains :

  • Identifier le fondement de la saisie : saisie probatoire ou confiscatoire, sous scellés ou ordonnée par un juge ;
  • Faire appel dans le délai de 10 jours devant la chambre de l’instruction, lorsque la saisie a été ordonnée par un juge ;
  • Demander la restitution au bon moment, auprès de la bonne autorité ;
  • S’opposer à une vente avant jugement dans le délai de 5 ou 10 jours ;
  • Défendre les droits des proches et des tiers de bonne foi : conjoint, co-titulaire, société ;
  • Chiffrer la disproportion entre la valeur saisie et le produit réellement reproché, pour obtenir une mainlevée totale ou partielle ;
  • Soulever les vices de procédure affectant la perquisition ou la décision de saisie ;
  • Plaider contre la confiscation à l’audience de jugement.

Demander l'assistance d'un avocat en droit pénal pour une saisie ou une confiscation

Une saisie pénale n’est pas une condamnation : c’est une mesure provisoire, contre laquelle la loi prévoit des recours réels. Mais ces recours obéissent à des délais stricts : 10 jours pour contester une saisie ordonnée par un juge, 5 jours pour s’opposer à une vente avant jugement pendant l’enquête, 6 mois après la fin de la procédure pour réclamer ses biens.

Récupérer un compte, un véhicule ou un bien immobilier suppose une analyse fine du dossier : nature des biens, flux financiers, statut de chaque propriétaire, montants en jeu. C’est cette stratégie, construite tôt, qui distingue une mainlevée obtenue d’une confiscation subie.

Le cabinet de Maître Harmach, avocat pénaliste à Paris, qui exerce exclusivement en droit pénal, accompagne les personnes mises en cause comme les tiers dont les biens sont gelés, à Paris comme partout en France.

Pour faire le point sur votre situation, appelez le 06.62.46.40.87 ou contactez le cabinet via le formulaire de contact.

FAQ : Questions fréquentes sur la saisie pénale et la confiscation

La saisie est une mesure provisoire qui « gèle » un bien pendant la procédure. La confiscation est une peine prononcée par le tribunal, qui fait perdre définitivement la propriété du bien au profit de l’État.

Elle dure en principe jusqu’au jugement, qui décide ou non de la confiscation. Si aucune restitution n’est demandée dans les 6 mois suivant le classement sans suite ou la fin de la procédure, le bien peut devenir la propriété de l’État.

Lorsque la saisie a été ordonnée par un juge, l’appel devant la chambre de l’instruction doit être formé dans les 10 jours de sa notification, et il n’est pas suspensif. Lorsque le bien a été placé sous scellés par les enquêteurs, il n’y a pas de délai d’appel : il faut demander sa restitution.

C’est la levée de la saisie : le bien redevient librement disponible. Elle s’obtient par un appel contre la décision de saisie ou par une demande de restitution.

Oui, lorsque sa conservation lui fait perdre de la valeur ou coûte trop cher. La décision se conteste devant le premier président de la cour d’appel, dans les 5 jours pendant l’enquête et dans les 10 jours pendant l’instruction.

C’est l’agence publique qui gère les biens saisis et confisqués. Elle peut vendre un bien avant le jugement sur décision d’un magistrat. Le prix est alors consigné et restitué au propriétaire s’il n’est pas condamné, sauf décision de non-restitution.

Oui. La loi protège le tiers de bonne foi : un bien appartenant à une personne étrangère aux faits ne peut en principe être confisqué, sauf si la personne mise en cause en avait la libre disposition.

En principe, oui : les biens non confisqués ont vocation à être restitués. Il faut toutefois en faire la demande, dans les 6 mois suivant la décision.